Industrie musicale et Brexit : quelles conséquences ?

Brexit musique

Cet article a été repris et adapté à partir de l’article publié sur Pitchfork “The UK leaving the EU would change the european music industry”

 Le Royaume-Uni décidera de son sort ce jeudi 23 juin : rester ou non au sein de l’Union Européenne. Ce référendum est l’une des promesses phares du premier ministre David Cameron suite aux élections générales de 2015, proposée pour empêcher l’extrême droite de son parti conservateur de glisser vers le parti eurosceptique UKIP.  David Cameron appelle la population à voter contre le Brexit, mais les sondages quotidiens montrent que l’opinion est très mitigée. Le Royaume-Uni s’aventure peut-être vers une sortie de l’U.E. – plus connue sous le nom de “Brexit” – bien que personne ne soit en mesure d’expliquer ce qui se cache derrière cette importante décision…

Jusqu’ici, la musique n’a joué qu’un rôle mineur dans la campagne du référendum. Toutefois, les résultats de l’industrie musicale du Royaume-Uni ont dépassé les autres secteurs de l’économie britannique de 5% l’année dernière, il serait donc légitime que les acteurs de ce secteur aient leur mot à dire dans ce débat. Le porte-parole de la British Phonographic Industry (BPI) a d’ailleurs insisté sur l’importance de l’Union Européenne et de l’Europe pour la musique enregistrée au Royaume-Uni, ainsi que pour le secteur musical en général, vu l’importance de la musique live et des tournées.

L’année dernière, les artistes britanniques représentaient 17% des ventes d’albums dans les 6 principaux marchés Européens après le Royaume-Uni – l’Allemagne, la France, la Suède, l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas –  où ils ont perçu presque un tiers des revenus. La BPI a précisé que ces résultats issu du marché européen ressemblent à ceux du marché américain, à l’exception près que les ventes physiques – qui génèrent de plus grandes royalties pour les artistes et les labels – tendent à être plus importantes en Europe.

Pitchfork a fait appel à plusieurs experts de l’industrie musicale pour améliorer la compréhension et l’impact d’un potentiel Brexit sur le commerce, la libre circulation des biens et des personnes ainsi que les réseaux de soutien internationaux – en bref, chaque aspect de l’industrie.

 

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La musique Live

Si la Grande-Bretagne quitte l’Union Européenne, celle-ci pourrait priver ses citoyens de circuler librement dans l’espace européen. Cela pourrait impliquer deux conséquences,  chères et complexes, pour les groupes en tournée. D’une part, le besoin de visas individuels pour entrer dans chaque pays du territoire européen, d’autre part l’introduction du carnet, un document qui détaille jusqu’au plus petit élément l’équipement présent à bord, pour empêcher l’import et l’export de produits sans payer de TVA. Cela coûte entre 1300 et 2600 euros et ne dure que 12 mois.

Et encore, il faut obtenir le visa du premier coup. Isla Angus, booking agent, précise qu’une telle situation serait “hautement néfaste pour le développement d’artistes” et réduirait ainsi la marge de risque pris par les promoteurs pour les nouveaux artistes. Colin Roberts, manager de Bloc Party (Big Life Management) estime qu’obtenir un visa est “un véritable champ de mine, et que cela coûte beaucoup d’argent. C’est la raison pour laquelle peu d’artistes tournent aux États-Unis. Même au Japon, où il est facile d’obtenir un visa, le coût et le temps que cela prend rendent le tout difficile. Une grande partie des fond de la PRS (Performing Rights Society) est dédiée au soutien financier d’artistes souhaitant tourner en Amérique. Arriverons-nous au point où il faudra créer un fond d’aide aux artistes qui veulent aller en Europe ? La Grande-Bretagne est un marché important pour la musique. Sortir de l’U.E.compliquerait la vie aux artistes britanniques mais pas seulement : les petits artistes indépendants seraient encore plus en difficulté et on passerait à côté d’artistes passionnants qui ne pourraient pas se rendre au Royaume-Uni.”

 

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Maisons de disques et problèmes de Copyright

Selon un récent sondage de la BPI, 68% des maisons de disques britanniques qui ont participé au sondage souhaitent que le Royaume-uni reste dans l’Union Européenne. “La musique britannique représente un quart du marché de la musique  enregistrée en Europe” déclare Geoff Taylor (Directeur de la BPI). “Ce succès contribue à la création d’emploi au Royaume-Uni et nourrit de hauts niveaux d’investissements pour la musique de la part des labels britanniques.” Les membres de la BPI appartenant à des labels sont également soucieux de conserver leur influence sur la musique qu’ils créent : 90% estiment qu’il est important de rester impliqué dans les discussions relatives à la proposition de nouvelles règles paneuropéennes sur le  copyright.

  • 47% des sondés ont indiqué qu’au moins un quart ou plus des revenus qu’ils perçoivent en dehors du Royaume-Uni proviennent de l’Union Européenne. Pour 18% d’entre eux, les revenus perçus en direction de l’U.E. représentent 75% de leurs revenus.

  • 59% pensent que quitter l’Union Européenne pourrait compliquer la promotion d’artistes en Europe.

  • 56% des interrogés jugent qu’une sortie de l’U.E. aura des conséquences négatives sur les fans.

La production et la vente de musique physique

Le comptable Chris Panayi admet être assez vieux pour se rappeler de l’époque précédant l’Union Européenne, avant que la Grande Bretagne ne rejoigne le marché unique – devenu par la suite l’Union Européenne. A cette époque, il y avait des tarifs. Si vous achetiez un album en Allemagne pour le ramener chez vous, vous deviez le déclarer et payer une taxe. Il confie : “Nous faisons des hypothèses sur ce qui pourrait arriver si nous quittions l’U.E., mais je suis persuadé qu’une forme de droit de douane serait appliquée à l’import et l’export de marchandise. Étant donné que la majorité des vinyles que l’on achète sont fabriqués dans des usines du territoire européen, les coûts pourraient augmenter à la fois en terme de production et de vente.

Le soutien financier de l’Europe pour l’art

La couverture médiatique du soutien financier européen véhicule lui donne une mauvaise image, notamment sur les procédés administratifs à subir pour y accéder. Pourtant il existe d’innombrables programmes européens bénéfiques à l’industrie musicale, que la Grande Bretagne s’évertue à conserver.  En 2012, les candidatures issues du Royaume-Uni ont reçu 46% de réponses positives – le double du taux de réussite moyen, qui avoisine les 24%. Si le Royaume-Uni quitte l’U.E., il est tout à fait probable que ce soutien financier ne soit plus disponible. Les bénéfices de ce soutien sont vastes, avec une large portée, souvent peu flagrante aux yeux du public.

De nombreux médias se sont interrogés sur la question du Brexit et proposent plusieurs pistes de réflexion pour mieux comprendre les enjeux de ce référendum.  DBTH vous propose d’approfondir le sujet avec ces articles issus de médias anglophones. Bonne lecture !

Retrouvez l’article original sur Pitchfork ici.

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About Virginie Berger

Virginie Berger est la fondatrice de DBTH (www.dbth.fr), agence spécialisée en stratégie et business développement notamment international pour les industries créatives (musique, TV, ciné, gastronomie), et les startups creative-tech. Elle est aussi l'auteur du livre sur "Musique et stratégies numériques" publié à l'Irma. Sur twitter: @virberg