Radio Paradise et les petites webradios américaines menacées d’asphyxie

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Radio Paradise, célèbre webradio américaine créée en 2000, qui diffuse une playlist concoctée aux petits oignons et à l’ancienne par son fondateur et DJ Bob Goldsmith, est plus proche de l’enfer que du Paradis. Le Bureau du copyright américain n’a pas reconduit la provision particulière dont bénéficiait les petits diffuseurs dans sa dernière révision des tarifs du webcasting. Son avenir et celui de nombreux smallcasters américains est compromis.

Circulez, y a rien à voir. C’est en gros ce que dit aux petites webradios américaines le Bureau du copyright (CRB) à Washington, qui a revu récemment à la hausse les tarifs pour la diffusion de musique en streaming linéaire sur Internet (comme à la radio, l’auditeur ne choisit pas ce qu’il écoute). A 0,17 centime par auditeur et par titre diffusé, la facture devient trop salée, proteste Bill Goldsmith, DJ et fondateur de Radio Paradise, dans une lettre ouverte à David Byrne. En tant qu’artiste, l’ex-leader des Talking Heads est membre du conseil d’administration de SoundExchange, l’organisme qui perçoit les droits en provenance des webradios et des radios interactives aux Etats-Unis, et qui les répartit aux artistes et aux labels.

Webradio alternative à la playlist rock & folk toujours très léchée, dont la petite notoriété est internationale, Radio Paradise est financée depuis l’origine par les dons de ses auditeurs. Elle diffuse de la musique sur le Web depuis plus de quinze ans et perpétue la tradition du DJing à l’ancienne. Son fondateur Bill Goldsmith a longtemps œuvré sur la FM américaine dans les année 70 et 80, et même été directeur d’antenne avant de se lancer dans l’aventure avec sa femme Rebecca. “Notre spécialité est de prendre un assortiment varié de chansons et de les laisser se fondre entre elles de manière à ce que cela prenne sens harmoniquement, rythmiquement, et lyriquement. Cet art est pour nous la véritable essence de la radio”, explique ce pionnier et toujours franc tireur de la radio musicale sur Internet.

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Les deux époux, qui tiennent tout seuls à bout de bras cette entreprise artisanale depuis la petite ville de Paradise où ils vivent, en Californie, vivent de leur activité grâce au soutien de leurs 180 000 auditeurs enregistrés à travers le monde, et ont toujours payé ce que SoundExchange demandait de payer. Radio Paradise réunit en moyenne 8000 auditeurs quotidiens aux Etats-Unis, 1500 en France ou au Canada, et 2500 en Allemagne.  Comme nombre de petites webradios américaines, elle est aujourd’hui menacée de disparition. “Avec les nouveaux tarifs du CRB, ce que nous allons payer va à peu près égaler – et peut-être même dépasser – nos revenus bruts”, explique Bill Goldsmith dans sa lettre à David Byrne.

5000 dollars par jour

Jusque là, les petites webradios indépendantes comme Radio Paradise, qui ne diffusent pas de publicité et ne font pas un très gros chiffre d’affaires, voire ne couvrent même pas leurs dépenses (on les appelle les smallcasters aux Etats-Unis), ne payaient qu’un petit pourcentage de leur budget à SoundExchange, en vertu d’une provision du Webcaster Settlement Act de 2009. Mais la dernière révision des tarifs du webcasting par le CRB, qui rend l’accord de 2009 caduque, n’a pas reconduit cette provision. Acte manqué ? Oubli volontaire ?

“Imagine que WFUV [une radio FM musicale à New York, ndr] doive payer 0,17 centimes chaque fois qu’un de ses auditeurs entend une chanson. Avec 10 000 auditeurs (ils en ont probablement plus la plupart du temps), cela fait 17 dollars par chanson diffusée. Avec 12 chansons dans l’heure, cela fait 204 dollars de l’heure, et 4896 dollars par jour”,  poursuit Bob Goldsmith dans sa lettre ouverte. Sans reconduction de la provision particulière pour les petites webradios, c’est ce que devra payer Radio Paradise à SoundExchange, quand la station FM new-yorkaise  WFUV, qui diffuse également sont signal sur le Web, ne verse rien ni aux artistes ni aux producteurs.

La décision du CRB a déjà fait une victime, et non des moindres. La plateforme Live365, née en 1999 et qui hébergeait plus de 100 000 smallcasters et webcasters, à qui elle fournissait les outils pour créer et diffuser leur radio en ligne tout en assurant pour eux la gestion des droits, a choisi de mettre la clé sous la porte fin janvier, et d’éteindre tous ses serveurs. Avec Live365, c’est un pionnier de la radio libre sur Internet qui disparaît en 2016.

(1) Aux Etats-Unis, les radios hertziennes ne reversent pas de rémunération équitable au artistes et producteurs, seulement aux sociétés d’auteurs

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About Philippe Astor

Journaliste, blogueur, franc tireur, libertaire, philosophe, hermétiste, guitariste, activiste, dillettante, libre penseur. @makno et http://rockthemusicbiz.blogspot.fr/