Comment les incubateurs africains contribuent au succès des entrepreneurs locaux ?

African startups

Vous pensez que les incubateurs africains de startups ne fonctionnent pas ? Si certains le pensent en effet, d’autres comme Michael Oluwagbemi sont persuadés de l’impact positif et massif qu’ils ont sur l’écosystème de l’innovation africain et de la pertinence de leur existence.

(Article adapté de: How startup incubators in Africa contribute to entrepreneur success)

En février 2011, lorsque Michael et son équipe de Wennovation Hub décident de créer la “start-ups factory” AfriLabs, c’est suite au constat d’un problème dans l’écosystème : le manque d’institutions et d’organisations en faveur de l’innovation à travers l’Afrique.

“Jusque-là les africains étaient des consommateurs d’innovations de la même manière qu’ils avaient été des consommateurs précoces de services et de produits manufacturés, alors même qu’ils fournissaient à bas prix les matières premières pour les produire. L’Afrique était en train de reproduire les erreurs des XVII, XVIII, XIX et XXème siècles mais au XXIème siècle. La solution ne pouvait pas juste être d’accepter la situation et de laisser l’Afrique devenir un commerçant similaire aux fournisseurs de travail esclavagiste (qui ont été la raison première de la croissance de l’industrie de produits manufacturés en Occident dans les années 1700 et 1800), mais qu’elle se construise en tant que pionnière dans la mise en place des organisations nécessaires pour surmonter les défis actuels du continent.

Maintenant que ce rêve se concrétise et que le mot “incubation” n’est plus confondu avec la couvaison d’oeufs dans un poulailler d’Afrique, ma déception ne fut que plus grande à la lecture de la contribution pauvre en recherches d’un entrepreneur qui a pourtant été directement ou indirectement bénéficiaire du succès de l’expérimentation de ce modèle à l’échelle du continent.”

Reconnaître les hubs d’innovation

“Une lecture critique de l’article de Mr Mark Essien “Startup Incubators in Africa and why they won’t work” révèle un manque surprenant de détails, ce qui est plutôt inattendu de la part d’un acteur de premier plan de cet écosystème. Tout d’abord, dans sa liste d’entreprises technologiques de pointe, sont considérées comme “leader” uniquement celles qui sont apparues dans l’émission “CNN Africa Startup”, sous-entendant ainsi que le travail moins ostentatoire de piliers de la technologie africaine tels qu’Interswitch (dont les racines peuvent être atribuées à NextZon), Edutech, Fueltech et Powertech, ainsi que tous les incubés soutenus par Venture Garden Group n’a pas la même valeur. NextZon et VGG ne sont pourtant pas moins des centres d’innovation que iHub ou Spark seulement parce qu’ils n’utilisent pas les mêmes termes branchés ni ne s’associent à ces nouveaux types de technophiles.

Ensuite, regardons certaines “sorties” d’anciens incubés. L’essence même du modèle économique de l’incubation est de parvenir à vendre à des investisseurs stratégiques ou à entrer en bourse afin de compenser les manques, comme cela a fini par être fait pour Interswitch par NextZon, et tout comme ce que VGG et de nombreux autres incubateurs professionnels à Yabacon recherchent actuellement.

Prenons par exemple la récente sortie de Fora, une équipe menée par Iyinoluwa Aboyeji (plus connu aujourd’hui sous le nom de “E”) qui fut une figure populaire dans le domaine de l’incubation et dont les différentes entreprises forment aujourd’hui le noyau central de Andela. Iyin est un bénéficiaire indirect de l’écosystème qu’ont créé les incubateurs de Lagos, et l’importance croissante de Andela (mondialement, il faut le dire) peut être directement attribuée à l’impact de l’écosystème, dont je discuterais plus tard dans ce papier.

Si les levées de fonds étaient le critère: iSEC – qui est sortit l’an dernier de iDEA Nigeria – a levé $10M, la plus importante levée réalisée par une start-up dans l’histoire du Nigeria, et a évolué de sorte à changer la façon dont la sécurité est appliquée au secteur bancaire au Nigeria. Ca c’est une startup qui influence la manière dont les banques fonctionnent dans l’économie la plus importante d’Afrique. Qui peut encore dire que l’incubation n’est pas pour l’Afrique ?”

La voie de l’innovation

“Cela étant dit, il y a une chose sur laquelle Mark Essien a raison, l’incubation n’est pas pour tout le monde ! Tous les entrepreneurs ne sont pas faits pour le travail de l’ombre, la rigueur et les dures réalités que cela implique, à savoir l’adaptation constante, les problèmes insoupçonés ou même parfois des erreurs inévitables. Et tous les incubateurs ne sont pas égaux face à cela.

Mais décider que “mentorer” n’est pas la bonne offre et que les incubateurs peuvent réussir uniquement en “trouvant des personnes déjà prêtes qui ont juste besoin de capital et de quelques connaissances clés pour amener les choses au niveau supérieur”, revient à renverser les croyances de l’incubation. Ceci est un plaidoyer pour les entreprises de Capital-Risque, qui ont leur place certes, mais qui laissent un trou béant dans la voie de l’innovation.

En réalité, il y a une place pour le mentoring, il y a une place pour l’expertise et pour aider à l’adaptation, ces phases viennent en amont, et différents incubateurs et centres d’innovation le font différemment.

En parlant de modèles d’incubation, CCHub  mise par exemple sur les entrées et intentions d’entrées précoces d’entrepreneurs, tandis que les entrepreneurs ou “wannapreneurs” comme j’aime les appeller, avec des prototypes et des business modèles déjà évolués, trouveront plutôt un accueil chez TVC Labs, Spark, Wennovation HUb, iDEA Nigeria ou L5 Labs dans l’écosystème de Yabacon. Chacun de nous envisage les processus d’investissement, d’incubation et de développement avec sa vision propre et unique.

A Wennovation, nous ne mettons pas en place de sessions structurées et nous le faisons pas particulièrement appel à des mentors. Nous croyons fortement aux mécanismes de feedback et tentons de répondre à des problèmes vraiment difficiles. Donc c’est très improbable qu’une plateforme standard de e-commerce comme Hotels.ng par exemple nous intéresse, alors qu’un entrepreneur qui souhaite renverser à lui seul l’industrie hotelière est plus à même de susciter notre intérêt et nos moyens : du capital, du temps et des efforts pour accéder au marché.

De ce fait, pour qu’un écosystème soit puissant, il faut qu’il puisse y avoir des passerelles d’un type ou niveau incubation à un autre. Nous rêvons d’un jour où le succès de ces transferts commenceront à ressembler à une importante structure de supply-chain comme l’on voit dans la production industrielle. Alors nous pourrons commencer à vivre le rêve d’être des usines à idées et à fabriquer des start-ups. Bien sûr les VC et les accélérateurs ont besoin d’une culture start-up saine, et d’un écosystème d’innovation pour ouvrir la voie à ces entrepreneurs rentables que Mark défend, mais là n’est pas la question.”

L’écosystème de l’innovation

“C’est pour cette raison que l’on peut définitivement conclure que construire un solide écosystème d’innovation est bel et bien le rôle premier des incubateurs en Afrique, et non pas uniquement de recruter des start-ups “follement géniales”, ce qui de toute façon en découlerait. Quand je regarde le travail que nous avons réalisé à Wennovation Hub, je me sens toujours plus fier de nos activités construites conjointement avec l’écosystème, comme lorsque nous nous sommes associés à plusieurs reprises avec MIT-AITI pour enseigner le développement d’applications mobiles à plus de 80 diplômés de l’Université de Ibadan et de l’Université de Lagos en 2011 et 2012. Beaucoup de ces gamins dirigent aujourd’hui leur propre société ou conseillent les dirigeants des entreprises pour lesquelles ils travaillent en matière de technologie. C’est une forme de “sortie” également !

De la même manière, lorsque nous nous sommes rassemblés dans un esprit commun pour lancer le Lagos Angel Network ou construire AfriLabs, les engagements étaient tout aussi forts et permettront à ces initiatives de survivre, même lorsque Wennovation Hub n’existera plus. L’écosystème est bien plus fort que les accomplissements individuels !

Cela me rappelle une histoire que je vais utiliser pour terminer ce papier. En 2011, l’un de nos premiers incubés était une équipe de deux frères. Ils avaient une idée, qui peut sembler aujourd’hui banale, mais qui était un peu novatrice à l’époque. On les a pris sous notre aile, dépensant du temps et des ressources pour les aider à travers les étapes. Les deux jeunes hommes ont remporté des prix, lancé des prototypes mais le marché était tout simplement trop jeune pour embrasser leur idée. Ils ont fini par fermer boutique et passer à autre chose. Récemment, j’ai pris un café avec un ami entrepreneur. Il s’est mis à parler de ces deux frères, qui se sont révélés être la meilleure chose qui soit arrivée à son entreprise. Quand il a mentionné leurs noms, je n’ai pas été surpris. Mon ami entrepreneur a bénéficié de l’embryon d’entreprise et de la pensée innovante que nous avions insufflé quatre ans auparavant. C’est ça le pouvoir de penser écosystème plutôt que accomplissement personnel.

Les incubateurs ont leur place en Afrique, et fonctionnent. Nous allons construire cela en Afrique, mais nous avons besoin de plateformes, de liens et de réseaux pour supporter les acteurs de cette construction.

Michael Oluwagbemi est le co-fondateur de Wennovation Hub Initiative Nigeria et membre du Conseil d’Administration de Afrilabs – l’organisation des centres d’innovation pan-africaine.

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About Anne-Sophie Bertier

Enfant des années 90, c’est à l’ombre des pins de la provence que j’ai grandi, dans une décennie riche, foisonnante et bruyante de musique, dont ma culture est aujourd’hui toujours empreinte. Fraichement diplômée de SciencesCom, je m'exerce chez DBTH.