Pourquoi le San Francisco Music Tech est la meilleure conference Music Tech du monde?

Chaque édition du San Francisco Music Tech possède une saveur différente. Pour ma part, ce n’était que ma 3e édition, mais après 15 saisons, la conférence a su traiter de tous les sujets importants pour l’industrie musicale. Et encore, on ne traite pas vraiment de l’industrie musicale ici, mais comment les technologies peuvent soutenir, développer, accompagner, tuer(?) l’industrie. L’objectif du SF MusicTech est de mettre en avant, en lumière un très grand nombre de start-ups et produits directement liés au marché de la musique en mêlant VC, banquiers, avocats, entrepreneurs, media, artistes, managers, maisons de disques….Et surtout ce qui est bien ici, c’est qu’on sort des débats (ou du manque de débats) et pleurnicheries habituelles sur le “partage de la valeur” (non partage de l’argent!) ou sur les méchants (au choix): pirates, plates-formes de streaming, ou gens qui n’ont rien compris. Il y a une vraie notion de communauté, mais aussi de discussions. Que ça plaise ou non aux sponsors..

 On parle donc services et financements avec de nombreux VC sur place, de streaming, nouveautés liées au targeting publicitaires, mobilité, objets connectés, les nouvelles technologies et robot, l’intégration des réseaux sociaux, les droits et les batailles inhérentes aux royalties, de vidéo et de musique. Certaines éditions avaient un ton plus optimiste que d’autres, mais toutes ont mis en exergue l’importance de la notion de communauté, dans ce marché en pleine mutation.

 

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Ce qui est triste ici, c’est que je suis, comme d’habitude, la seule française (Coucou la French Tech). Mais Alleluia, les français de Blitzr étaient présents sur le hacktaton. Vous me direz, c’est un budget, un long voyage etc…oui, pour moi aussi. Ce n’est pas une décision que l’on prend à la légère. Mais il s’agit d’un investissement qui en vaut vraiment la peine, entre les budgets que l’on rapporte et les contacts sur place. Sans compter la visibilité. Donc pour toutes nos startups music/tech qui veulent aller “aux Us”, pourquoi ne pas y aller? Mais je vous rassure, nous travaillons de manière très proche avec le génial fondateur du SFTech à développer très vite le SF Tech à Paris.

Cette dernière édition fut fortement empreinte des derniers événements : le contrat entre Beats et Apple, et les discussions (qui resteront inachevés) entre Soundcloud et Twitter….

Nous avons beaucoup entendu parler des créateurs de l’application pour Ipad « Pacemaker », la première application pour DJ qui puise directement dans les 20 millions de chansons du catalogue Spotify. Les deux entreprises travaillèrent main dans la main pour améliorer l’interface de l’application. Le résultat est absolument édifiant et totalement révolutionnaire. Pacemaker est la première application permettant la lecture en streaming de deux chansons en même temps. Le créateur, Jonas Norberg parlait des bienfaits que peuvent apporter des géants comme Spotify : « En Suède, nous sommes passés du pays qui consommait le moins de musique de manière légale, au pays qui en consomme le plus ».

En quelques points, ce qui m’a le plus marqué:

  • La neutralité du net :

La conférence comprenait aussi un panel de discussion (dont les échanges  furent pour le moins passionnés) portant sur la neutralité du net, et dans laquelle certains speakers partageaient leurs points de vue sur les dangers d’un monopole dans les canaux de distribution du contenu. « Les startups seront celles qui en pâtiront le plus » expliquait Julie Samuels. «Netflix et compagnie pourront très certainement vivre avec l’idée que l’accès n’est pas égal ». Brewster Kahle, travaillant à « Internet Archive », réitérait, en expliquant que « autoriser de petites entreprises à entrer sur le marché est absolument vital ».

Le panel était accompagné d’exemples concrets qui permettaient de soutenir la bataille d’un Internet libre, tout en appelant le gouvernement à se joindre aux efforts existants. « Je déteste dire qu’il faut écrire aux membres du congrès» explique Khale. « Mieux vaut aller directement frapper à leur porte ».

En plus du panel de discussion portant sur la neutralité d’Internet, une conférence portait sur le copyright et était scindée en deux parties: une portant sur le licensing des jeux et applications et une autre sur le piratage. Cette discussion fut fortement évoquée, compte tenu du fait que nous sommes dans une recherche perpétuelle de nouveaux business modèles rentables. L’un des panels les plus intéressant et mouvementé de la journée fut sans conteste « Quel doit être le prix de la musique ? ». Certains participants expliquaient que la raison du piratage (Napster en particulier) résidait dans un échec de l’industrie musicale toute entière. « Nous aurions dû monétiser les fans » expliquait Emily White de Whitesmith Entertainment et Readymade Records. « Au lieu de cela, nous les avons poursuivis en justice ». Un peu plus tôt dans la journée, Mate Galic, de Native Instruments, expliquait qu’il considérait le piratage comme un outil promotionnel : « Nous  avons fait grandir l’entreprise en s’appuyant sur le piratage ».

 

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  • Piratage et données:

Le piratage n’est pas un sujet aussi tranché, comme nous aurions pu le penser autrefois. Certains speakers pointaient du doigt le fait que les royalties découlant du streaming était aussi un sujet qui s’approchait peu à peu du piratage. Plutôt que de continuer à débattre autour de ce triste « 0,0006$ par stream », certains essayaient plutôt de trouver de nouvelles façons de donner aux artistes une valeur ajoutée compensatrice. Après tout, « Les revenus de la majeure partie des artistes indépendants ne reposent pas sur la vente de musique. Il faut regarder le tableau dans son ensemble » expliquait l’artiste et bloggeur Ari Herstand.

Les données semblent être une compensation qui permettrait de combler ce manque à gagner. Spotify possède d’ores et déjà les données d’analyse de Next Big Sound, ce qui représente une contrepartie bien plus intéressante qu’un chèque d’une valeur ridicule pour les artistes. Un speaker expliquait que Pandora pourrait très bientôt proposer son propre service d’analyse de données pour les artistes. Bandpage a d’ores et déjà trouvé une manière intéressante d’augmenter les revenues grâce aux données statistiques : l’entreprise est partenaire de Rdio afin de capitaliser sur ce qu’ils appellent « le moment d’intention » : Quand un utilisateur de Rdio recherche un artiste, c’est le profil Bandpage de l’artiste qui apparait, accompagné de réductions pour des concerts et du merchandising. Grâce aux informations sur les utilisateurs de Rdio, les offres de Bandpage sont plus adaptées : s’agit-il d’un fan qui écoute 10 fois par jour le même album ? Proposons lui alors un package premium. Ecoute-t-il d’autres artistes similaires ? Montrons-lui les prochains concerts à venir de ces artistes. Il s’agit donc d’une façon intelligente de monétiser les fans qui ont d’ores et déjà exprimé leur intérêt pour un groupe.

« Les fans veulent soutenir la musique qu’ils aiment »

L’un des speakers de la conférence ne semblait pourtant pas prêt à abandonner l’idée que la musique devait être payante. Ethan Diamond, le très discret patron de de Bandcamp, (la magie du SF MusicTech, la 1ere fois que je rencontrais Ethan Diamond qui s’expose rarement..) exposa un ensemble de statistiques édifiantes : en moyenne, les utilisateurs de Bandcamp achètent un album 50% plus cher que le prix demandé par les artistes. Il expliquait à juste titre que « les fans veulent soutenir la musique qu’ils aiment » et ajoutait que « le streaming n’est pas nécessairement un deal entériné ».

 

Bandcamp

Quelle que soit la direction que prendra le marché dans le futur, une chose est sûre : Il y aura toujours des personnes qui aimeront la musique, et il y aura toujours des personnes pour supporter les artistes qui la produisent.

 

  • Enfin, quelques infos glanées 

  1. La radio CBS a annoncé qu’elle déploierait son émission sportive « 10 seconds of glory » à de nouveaux marchés. L’application affiliée permettra aux auditeurs utilisateurs d’enregistrer un message de 10 secondes pour exprimer leur point de vue sur un événement sportif, afin que la radio en diffuse certains durant son émission.
  2. Les nouvelles fonctionnalités de SoundHound permettent aux utilisateurs de chanter pour retrouver une chanson, et cela fonctionne même quand vous chantez mal (genre moi).
  3. FretPen, une petite guitare/stylo créée avec de véritables matériaux de guitares, fonctionne comme un instrument digital ! Elle ne sera disponible à la vente qu’à partir de Novembre, mais voici d’ores et déjà une rapide vidéo qui vous montre tout ce que vous pouvez faire avec : 

    1. Kristine Flaherty, productrice de rap, expliquait sa vision des choses en matière de contrats de production (accompagné  d’une illustration de SF Intercom)
    2. Le rappeur et producteur d’Oakland, G-Eazy, remplaça à la dernière minute un conférencier absent.  Il a attribué son succès à sa stratégie : distribuer des enregistrements gratuits de ses productions dans les zones où il se produisait en spectacle.
    3. Voir Jack Conte de Pomplamoose nous raconter comment il utilise Youtube et le lancement de sa plate-forme de “crowdfunding” (mais pas tant que ça..) Patreon.

Et ça c’est vraiment génial. Jared Leto qui lance Vyrt, Jack Conte et Patreon, Macklemore qui se developpe tout seul. Des artistes qui utilisent, créent, détournent les technos. Bref qui s’en emparent sans aucune peur…

Le prochain SF Tech aura lieu le 1er novembre. Et nous réfléchissons aussi à comment donner à nos structures françaises le plus de visibilité là-bas.

 

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About Virginie Berger

Virginie Berger est la fondatrice de DBTH (www.dbth.fr), agence spécialisée en stratégie et business développement notamment international pour les industries créatives (musique, TV, ciné, gastronomie), et les startups creative-tech. Elle est aussi l'auteur du livre sur "Musique et stratégies numériques" publié à l'Irma. Sur twitter: @virberg

2 comments

Il me semble que la prochaine édition sera la dernière. Cela a été annoncé la semaine dernière par les organisateurs..

Nope, ce ne sera pas la dernière…Brian a indiqué qu’il refléchissait à d’autres choses, et qu’il était possible que celle du mois de novembre soit la dernière sous ce format, mais que rien n’était sûr…ils voudraient lever le pied à 2 éditions par an. Ils pensent à en faire dans d’autres villes, comme Honolulu ou Miami. Et bien sûr, bientôt Paris.

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