La distribution digitale de la musique: Quoi, où, comment….

monétisation soundcloud

Après le site web, les aides au financement, on attaque un 3e dossier, sur la distribution. Parce que la distribution, c’est pas si facile que ça. Vous êtes artiste indépendant, soyons clair, il ne suffit pas d’aller sur Zimbalam et de déposer vos titres pour les vendre automatiquement et pour gagner de l’argent. Et non, ce n’est pas parce que vous serez diffusé sur Youtube, Spotify ou Deezer que vous gagnerez de l’argent. La rém sur un titre est aussi difficile à mettre en place et à comprendre que le conflit israélo-palestino-libano-syrien. Déjà, il n’y a pas de règle concernant la rémunération. Au contraire de la distribution, il n’y a pas de mondialisation. Pas d’internationalisation. Chaque cas est particulier. Tout dépend de qui vous êtes, de avec qui vous travaillez, de qui vous distribue ou pas, des deals locaux avec les sociétés de répartition, des deals par pays des distributeurs, des deals par pays des plates-formes, des deals mondiaux, puis par pays, puis par artistes des maisons de disques. Sur le même titre, on retrouve des écarts hallucinants de rém par plates-formes. Bref, c’est de votre cas particulier dont il faut s’occuper.

C’est donc Deux personnes, oui, deux, qui vont prendre en charge  ce dossier. Frederic Neff, consultant spécialisé en distribution, et tout comme moi aussi prof à Nanterre et formateur à l’Irma, et Julien Philippe, Digital Rights Manager chez Believe Digital.

Cette semaine, Frederic va donc poser les bases de la distribution. Ce que c’est, avec qui, et quelles sont les formes de rémunération. La semaine prochaine et les suivantes, on fera du pratique. Vous avez un titre, comment le présenter aux plates-formes, quelles sont les obligations juridiques, quoi regarder dans les contrats (si je vous dis par exemple droits voisins, ça vous parle?), combien on est payé et comment vérifier la rém… Bref, concrètement, comment ça se passe.


La distribution digitale, c’est avant tout de la distribution. Et comme pour la distribution physique, c’est l’action de mettre à disposition au public un phonogramme.

Les différences entre le modèle de distribution classique et le modèle de distribution digital sont multiples. Il y a plusieurs canaux de consommation du phonogramme, donc plusieurs marchés et donc plusieurs modèles économiques.

La notion de stock a (en partie) disparu. Tous est maintenant disponible. On porte donc l’effort sur la visibilité. Le marché de la musique n’est plus local mais mondial (vous pouvez distribuer votre musique partout) même si la carte du monde de la vente de musique est moins garnie que celle qu’avaient les premiers explorateurs….
Enfin, l’émergence d’un marché digital marque une passation de pouvoir entre les créateurs de contenus et les fabricants de tuyaux. Le contrôle du prix, du marché et des conditions est du côté des marchands de tuyaux et plus du côté des producteurs de contenus.

On peut donc dire que la distribution digitale, c’est le maillon entre le producteur de contenus et le point de consommation digital de la musique. Pour faire plus simple, le chainon entre les labels et les sites de ventes en ligne.


Il existe trois façons de distribuer sa musique.


La distribution directe

Elle consiste à négocier en direct et par site l’acquisition, la livraison des fichiers musicaux, les conditions de rémunération et les reportings.

Avantages :
– On est en direct donc plus réactif
– Cela peut  être plus lucratif (car il y a un échelon en moins)
– On négocie ses propres taux

Inconvénients :
– Les opérations doivent être multipliées pour chaque store. Pour être disponible de partout, on doit négocier partout…
– Le process est donc long à mettre en place
– Et puis usine à gaz dans les fichiers qu’on doit livrer (tous différents suivant les sites) et les reportings (eux aussi tous différents)…

En fait, seuls les gros labels et les majors ont un intérêt à choisir cette solution pour peser sur les points de ventes lors de la promotion.

L’agrégation

Les agrégateurs se chargent de commercialiser la musique numérique auprès du grand public, en proposant une ou plusieurs types d’offres. Un agrégateur de contenu livre les fichiers aux sites avec lesquels il a négocié les deals et vous fournit les reporting de ventes.

Le label/le client paye ce service d’agrégation soit par produit numérisé soit par forfait annuel. L’agrégateur se rémunère sur les frais de mise en ligne et/ou par un pourcentage des revenus générés.

Avantages :
– Gain de temps, une seule livraison pour tous les sites

Inconvénients :
– Il s’agit d’un partenaire technique, mais il n’y a ni service ni suivi.

Cette solution est idéale pour les petits labels et les autoprod car les solutions d’agrégation permettent d’avoir une distribution digitale pour une somme, en générale, assez abordable. Attention, être disponible à la vente ne veut pas dire qu’on va vendre !

Exemple : CD Baby, Zimbalam, Dittomusic

Les distributeurs digitaux:

On a tendance à confondre agrégateur et distributeur. Souvent même on ne les dissocie pas.
Mais en plus du travail d’agrégateur, le distributeur propose du service. Sa rémunération est, comme pour la distribution physique, basée sur un % des revenus générés par les ventes. Le distributeur représente un catalogue significatif en terme de références et surtout de chiffre d’affaire sur les différents sites de ventes. Il peut donc négocier au mieux le prix de revient d’une vente et surtout pousser sur la mise en avant et la visibilité du titre.

Avantages :
– Soutien d’une structure de distribution, service
– Expertise pour stratégie marketing de distribution

Inconvénients :
– Taux de distribution

Il s’agit d’une solution idéale pour les labels ayant un catalogue conséquent et/ou projets ayant un potentiel commercial fort.

Exemple : Believe Digital, Idol, Ioda, The Orchard, Zebralution


Distribuer, oui mais quoi et où ?


Vous le savez, il existe plusieurs façons de consommer de la musique en ligne…..

Le téléchargement

C’est l’acte de payer à l’acte au titre ou à l’album. Ce marché est apparu avec iTunes en 2004 qui en a imposé les conditions, les prix et l’ergonomie. L’album à 9,99 et le titre à 0,99 (euros ou dollars).

Voici quelques sites proposant le téléchargement :

iTunes : USA, leader mondial du marché. Possibilité de choisir le prix du titre (0,69, 0,99 ou 1,29). Vend du AAC .
AmazonMP3 : USA leader mondial de la vente de bien culturel dans le monde. Les audios sont vendus en MP3 à 0,89

Et quelques acteurs français :

Fnacmusic et virginmega.fr vendent en MP3 à 0,99.
Starzik et Qobuz proposent eux d’autres formats. MP3, FLAC, OGG, AAC et WMA chez Starzik à 0,99€ et Qobuz propose, avec un supplément une qualité studio.

Téléchargement par abonnement

Solution du site eMusic. L’abonné peut télécharger par mois un nombre x de fichiers.

Téléchargement avec limitation

L’utilisateur télécharge un fichier son qui sera lu pendant une durée limitée par contrat. Soit pendant la durée de son abonnement (cas de l’ex e-compil) soit en se rendant sur le site pour réactiver l’utilisation de son fichier comme sur Beezik, le site de téléchargement gratuit financé par la pub.

Le Streaming

C’est l’action de lire un contenu (audio et/ou vidéo) sans le télécharger sur son ordinateur. Cette lecture implique d’être connecté à Internet.

Streaming gratuit

Ecoute financée par la publicité. Ce modèle n’est pas viable. Les acteurs qui avaient mis en place cette solution sans restriction tentent d’imposer des contraintes pour basculer ces écoutes peu rémunératrices vers des solutions payantes. Publicité audio et perte de qualité sont en général les contraintes utilisées.
Deezer et Spotify (Suédois) sont les principaux acteurs de streaming en Europe.

Streaming payant

Ce type de service existe depuis près de 5 ans aux Etats-Unis, marché qui consomme du streaming payant mais n’a pas, ou peu, d’accès à des services de streaming gratuit.

La formule d’abonnement propose une écoute sans contrainte (qualité supérieure, pas de coupure pub) et surtout, sur certaines offres, la possibilité d’écouter off line, c’est à dire sans connexion internet. Les playlists sont sauvegardés en « cache » pour permettre une écoute sans réseau.

Mis en place par Spotify et Deezer, ces services commencent à percer. D’autres arrivent, comme MOG (USA), Napster (USA).
MusicMe (France) propose du streaming gratuit, du téléchargement à la carte et des formules d’abonnement pour le téléchargement (plusieurs supports) comme pour le streaming.


Ce qui fait que le digital c’est pas pareil…


• Le marché est dominé par iTunes qui utilise la vente de contenu comme vitrine et produit d’appel pour les produits hardware de la marque. Pas de stratégie dans la valorisation de contenu. C’est comme ça et pas autrement.
• Le prix est décidé par le point de vente et non par le producteur. C’est 0,89 chez Amazon. Si on est contre ce prix, on quitte le point de vente.
• Le marché est mondial mais le monde est tronqué. L’Afrique, l’Amérique du Sud, L’Océanie et l’Asie (hors Japon, Nouvelle Zélande et Australie) n’ont pas accès au leader du marché, iTunes, qui fait plus de 60% des ventes. C’est juste 5 milliards de non connectés à la musique en ligne par les canaux légaux (une carte là).
• La création et la réalisation des fichiers joints au son (visuel et data texte comme l’auteur ou le genre) doivent subir une harmonisation internationale. En attendant, c’est bricolage et perte de temps à chaque échelon pour l’identification des titres et des ayants droits pour chaque ayant droit. Ces metadatas là sont dans l’impasse.
• Une croissance très très forte. On annonce les revenus du digital devant le physique au USA pour 2011, au Royaume Uni pur 2012. Le digital devrait représenter 90% des revenus d’ici 2015 grâce notamment au développement du streaming et des ventes de smartphones.
• On peut valoriser le back catalogue. Avec le digital, plus de problème de stock ou de repressage, tout est toujours disponible. Encore faut-il que le public connaisse le nom du projet pour le trouver, mais ça c’est une autre histoire…
• Une meilleure connaissance du marché, une expertise sur les plans promos, des infos sur les consommateurs ou sur ce qui a marché presque en temps réel: en résumé, optimiser sa stratégie marketing et sa promo et par conséquent en réduire le coût. Voilà ce que permet (et permettra) la vente digitale,
• Un marché où tout est encore à inventer: Malgré un rapport de force en défaveur des producteurs de contenus, le web et la distribution digitale sont avant tout un lieu d’innovation.

Et la semaine prochaine, on fait concret. Comment ça se passe quand on veut distribuer sa  musique et approcher un distributeur?


Illustration photo: “We want more”

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About Frederic Neff

Consultant indépendant, spécialiste de la distribution physique et numérique, Frédéric est également formateur à l'Irma et à Nanterre sur ces sujets. Vous pouvez le retrouver sur http://viva-musica.blogspot.com/ et sur http://www.wearemusik.com. Il est également sur Twitter @vivamusica

28 comments

Hello,

Je me permet juste d’apporter un point de vue supplémentaire à cet excellent article.

Concernant “la distribution directe”, je pense que c’est aussi une voie tout à fait intéressante pour des plus petits labels, et pas seulement les grosses structures.

Il faut savoir que de plus en plus de labels spécialisés signent des accords en direct avec des magasins comme iTunes ou Amazon, et je pense que cela va continuer d’augmenter.
Apple a d’ailleurs récemment ouvert une procédure en ligne ouverte à tous, pour faire une demande d’adhésion de contrat en direct pour iTunes.
Plus d’infos ici : http://www.apple.com/fr/itunes/contentproviders/faq.html

Autrement, beaucoup de sites spécialisés comme Beatport travaillent déjà en direct avec une multitude de petits labels qui sont ravis des résultats obtenus.

Bien sûr on est d’accord, pour obtenir un contrat en direct avec eux, il faut être un label un minimum staffé, avec une expérience éprouvée et qui ne sort pas que 2 albums par an.
Mais entre la Major / gros indé et les micro-structures, il y a une taille intermédiaire de labels qui ont probablement tout intérêt à envisager l’option “Direct deal”.

Logiquement, les plateformes de musique devraient être de plus en plus accessibles en direct à ce type de labels, voir carrément à des structures de management d’artistes.
Depuis ces dernières années, les services de musique ont considérablement amélioré leur process de publication, la gestion administrative des ayant-droits, la qualité des reportings de vente, ainsi que leurs programmes marketing. Et je pense qu’elles ont maintenant la capacité à pouvoir traiter avec de plus en plus d’interlocuteurs.

Et du côté des labels indé, c’est la même chose: beaucoup commencent à s’adapter avec succès au marché numérique et se sont organisés pour pouvoir traiter efficacement en direct avec les services de musique.
Elles s’appuient sur des solutions logistiques externes agréées par les plateformes ou des systèmes automatisés de traitement de royautés. Elles ont aussi déployé de très bonnes stratégies pour leur promo des ventes avec des newsletters adaptées à destinations des responsables éditoriaux des stores, ou des programmes d’affiliation très bien relayés sur leur propres supports on-line: Réseaux sociaux, Sites officiels, Landing pages, Marketing direct etc.

Pour donner un cas concret, et par la même occasion faire un peu de pub pour la société que je représente en France:
FUGA (http://fugamusic.com) propose une solution de distribution et un entrepôt numérique à des centaines de labels indé ayant des accords en direct avec des magasins en ligne (iTunes, Fnac, Amazon, Emusic etc.) ou des services “promotionnels” (Youtube, LastFm, Soundcloud, Shazam etc.).

FUGA opère donc uniquement la logistique et propose une interface web très facile à utiliser pour contrôler et piloter son catalogue numérique audio et video, à destinations de centaines de services en ligne.

Nos clients souhaitent gérer eux même leurs relations avec les équipes éditoriales des services de musiques, gérer eux même leurs contrats, gérer eux même les mises à jour de prix, les retraits de catalogue, et maitriser de manière autonome leurs reportings de vente.
Par contre, ils veulent s’appuyer sur notre technologie pour toutes les questions logistiques et techniques.

Cela ne concerne pas que les grosses structures, les tarifs de FUGA sont adaptés à toute taille de labels avec une première formule qui commence à 35 euros / mois. Il faut savoir que la facturation à nos clients ne se base pas sur un partage des ventes mais uniquement sur les livraisons effectuées et les titres stockés.

Pour n’en citer que quelques uns, des “petits” labels comme M-Nus (http://www.m-nus.com/) , Manual Music (http://www.manual-music.com/) ou Tsuba (http://www.tsubarecords.com/) gèrent ainsi avec succès et en toute autonomie leur activités de distribution digitale.
Et cela me parait être une excellente stratégie pour appréhender au mieux l’avenir du marché de la musique, pour un label indépendant.

Merci à DBTH pour toutes les ressources, keep the good work !
Gabriel

Merci Gabriel pour cette remarque. Bon, bien sûr, on peut dealer en direct, c’est un peu chronophage, faut être un minimum structuré, avoir un deal en direct (délais) et comprendre trois mots d’anglais. Mais merci de rappeler qu’il existe des outils qui permettent de passer en direct, en mode homme sandwich certes, mais bon, c’est le jeu ma pauv’ Lucette.
A voir si, suivant son catalogue ou son projet quelle est la solution la plus pertinente. Direct/semi direct (avec Fuga par exemple ou d’autres ;-)) agrégation, distribution… Tenir compte de sa capacité à traiter ce travail en plus dans sa structure, du CA généré, du nombre de release, des stratégies promos digitales ou pas…. Passer en direct c’est multiplier les négo avec les sites et gérer soit même l’usine à gaz des reporting. Donc pas de solutions suivant sa taille, il faut juste bein choisir la bonne stratégie. C’est bien là l’essentiel. 🙂

bandcamp.com/ -> un outils extra aussi !
tu peux personnaliser ta page artiste, mettre la musique en stream et/ou en vente au prix que tu souhaites… très simple et user friendly !
Maintenant ils prennent une commission sur les ventes, mais elle reste mini…

Oui mais cela n’a rien à voir avec une plate forme de distribution digitale qui te permet d’être trouvable sur Itunes/Amazon ou la fnac et sur Deezer comme Spotify.
Bandcamp, que j’ai déjà beaucoup traité sur le site et que je suis depuis 2 ans est une plate forme de distribution de la musique en D2F, de l’artiste vers le fan. Il s’agit donc d’une relation unique artiste/fan mais il ne s’agit en aucun cas de distribution digitale. Elle ne permet à la musique d’être diffusée sur des plates formes payantes comme Itunes (70% du marché) ou d’être découvert via le streaming.
D’autre part, Bandcamp, site US, est encore peu utilisé en France.
L’un n’empêche pas l’autre, et je milite à fond pour Bandcamp. Mais à partir d’une taille conséquente de sa fanbase, il est primordial d’être sur Itunes et Deezer. Bandcamp est autre chose.

ah ok encore oups ! je n’ai découvert que ce très bon site que trop récemment, sorry!
mais oui effectivement, la distribution sur iTunes est primordiale, etc. Et l’un n’empêche pas l’autre, tout à fait d’accord avec tout ça.
Et oui la valorisation du contenu avec iTunes est encore très limitée, c’est pour cette raison que je pensais à Bandcamp, qui par contre donne presque plus de
moyens d’actions pertinents pour soutenir une stratégie de promo web, et susciter même des ventes non négligeables pour les indépendants notamment.

Oui mais cela n’a rien à voir….on est ici dans un dossier sur la distribution digitale, pas sur la valorisation des contenus, articles que vous trouverez en quantité sur le site 😉

Etant donné qu’il n’y a pas un mot sur Tunecore dans cette article, je ne peux en conclure qu’il ne s’agit que d’une plaisanterie ?

Si vous voulez mais ça fait un peu long comme blague non ?
Disons qu’il n’y a pas tout simplement de liste exhaustive des services de distribution. Et donc l’agrégateur Tunecore n’est pas cité plus par oubli que par souci de faire une blague. Il en manque plein d’autres, rassurez vous comme Total Wipes très utilisé en electro.
Si vous utilisé Tunecore, n’hésitez pas à partager votre expérience 😉

à la fois producteur/musicien (http://protofuse.net) & label (http://bitsquare.net), je vais passer par un agrégateur.
c’est aussi une manière d’être référencé et que l’on ait notre nom qui remonte sur les search engines.

je procède de la même manière pour un bouquin que je vais publier sur bod.com (agrégateur pour publication papier)

maintenant, mon problème:
– protection + collecte des droits pour moi même (protofuse)
– contrat avec nos artistes sur le label et protection + collecte droits pour le label (bitsquare)

pas simple…

Hello,

Avez-vous une idée des taux de commission pratiqués par les agrégateurs ?

Merci

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